LA PAIX

LE MOT DU PASTEUR - JANVIER 2019

janvier 2019

Ce matin, 16 décembre, le ciel avait posé son manteau blanc sur Strasbourg ; ce phénomène du ciel, qui aurait pu être considéré comme un fait de saison ordinaire, prenait une signification particulière à l’issue d’une semaine terrible pour la ville. Cela donnait l’impression que le ciel avait pris ses pinceaux, ou plutôt ses perles de cristal pour couvrir les toits et ses habitants, pour cacher la noirceur du sol.
Tôt ce matin, la neige répandait une atmosphère de paix et de silence sur la ville endeuillée. Ainsi, en ce dimanche, un peu du ciel était descendu au raz des maisons, après une semaine qui marquera longtemps Strasbourg.
Mardi soir, le choc de l’horreur du terrorisme.
Mercredi, un temps de deuil.
Jeudi, l’inquiétude régnait dans des quartiers pris d’assaut par la police pour traquer le terroriste qui courait toujours.
Jeudi soir, enfin, le soulagement, Chérif Chekkat est abattu rue du Lazaret… à quelques pas de la maison d’une sœur de l’Eglise.
En fin de semaine, Strasbourg, balbutiante, retrouvait ses lumières, ses activités… voilées… par les larmes.

Quelle semaine pour la ville, sans oublier ce qui se vivait au niveau du pays avec les gilets jaunes. Notre attention reste captée par le drame de la terreur, les souffrances des familles, et les questions qui se posent. Un peu de solidarité,
d’indignation, d’espérance s’exprime dans ces maigres lieux de mémoire où l’on dépose bougies, fleurs, dessins et quelques mots.

Inévitablement, nous pensons aux autorités, à la situation d’un pays qui a besoin de se reconstruire, vivement, en matière de justice sociale, au nécessaire travail auprès de la jeunesse, et à la cohérence indispensable entre les services de l’Etat. Inévitablement, nous pensons à ce Seigneur de l’univers qui s’est fait homme pour créer une nouvelle humanité, une nouvelle nation et nous donner une direction juste et bonne pour tous les hommes, toutes les autorités.
Inévitablement, nous pensons au benedictus de Zacharie, qui nous dit qu’une force de secours, une puissance de salut, s’est levée il y a plus de 2000 ans en Jésus-Christ. Une puissance qui est opérante par l’Evangile et par le Saint-Esprit, qui interroge toutes les forces personnelles et toutes les autorités dans ce monde ; qui interroge la nature de la force, les
motivations du pouvoir et le choix des moyens mis en œuvre : est-ce pour relever que la force est mise en œuvre ?

Parce que Christ, console, relève, restaure, édifie. L’Eglise, nation de Dieu, lumière du monde, devrait étre à la pointe d’une instruction et d’une civilisation fondée sur la justice et sur l’amour. Dans un monde où l’on pense les progrès sans voir si
on se rapproche d’une humanité faite à l’image de Dieu ou pas, où l’on exclut de plus en plus les références morales et spirituelles, l’Eglise arrivera-telle encore à faire entendre sa voix particulière ? Y aura-t-il encore de la place, et de la crédibilité pour dire la nécessité de la justice et de l’amour dans une culture de civilisation ? Alexis de Tocqueville affirmait déjà au XIXème siècle que l’on ne peut penser la démocratie, l’égalité des conditions sans vertus morales. Albert Schweitzer prônait aussi les vertus humaines dans une culture de civilisation qui restent bien sûr à identifier, surtout dans une société sans
repères.

Recherchez la paix, poursuivez-la


Le mot d’ordre pour l’année 2019, implique nécessairement la justice sociale, une action motivée par la foi et l’amour afin d’éviter que la recherche de la paix, ne tourne à une recherche de pacifisme aux lendemains qui déchantent ; car la paix,
sans la justice n’est qu’un artifice, pire…une bombe à retardement. Nous ne voulons pas cependant terminer cette année
2018 sans dire notre reconnaissance pour tant de bonté dans nos vies de la part de Dieu, tant de bienétre et d’élans puisés dans l’espérance chrétienne et dans l’amour fraternel. Que la bonté de Dieu soit notre refuge et notre motivation en cette année 2019.


Antoine Da Silva